
date/time: 15.08.2005 17:19
http://www.vsa-aas.org/fr/doku/archivistique-suisse/archives-en-suisse/coutaz-75-ans/
Force est de constater que l'actualité rattrape les archivistes et les archives: l'affaire révélée en 1990 de 900'000 fiches de la police fédérale, les dossiers des Juifs refoulés de Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale et les fonds juifs en déshérence, la circulation de l'avant-projet de la première loi fédérale ont placé brusquement les archives au centre du débat historique et politique; tous ces objets ont impliqué les archivistes d'une façon ou d'une autre, parfois les ont mis sur le devant de la scène, alors que, par tempérament, la plupart d'entre eux préfèrent la discrétion.
Un réseau en mutation
En 75 ans d'existence, l'Association des Archivistes Suisses (ci-après AAS) a subi une importante évolution, d'autant plus frappante qu'elle s'est affirmée et accélérée depuis le milieu des années 70. Profondément marquée par ses origines et le profil dominant de ses membres, elle a entretenu avec la Société Générale Suisse d'Histoire (désormais SGSH) un long commerce, certes encore présent, mais dorénavant contrebalancé par d'autres partenaires, ceux des sciences de l'information.
L'AAS a été fondée le 4 septembre 1922 à Lenzbourg, par Robert Durrer, archiviste du canton de Nidwald, membre du comité de la SGSH. Elle tint sa première assemblée générale de manière indépendante en 1929, à Lucerne; jusqu'alors, elle profitait de l'hospitalité de la SGSH qui accueillit jusqu'en 1972 les publications de l'AAS, pour ainsi dire uniquement orientées vers l'étude des fonds historiques et leur accroissement au niveau suisse. Les directeurs des Archives fédérales, des Archives cantonales et des institutions ecclésiastiques étaient seuls membres de la société, qui s'ouvrit tardivement à d'autres représentants, avec l'adoption de nouveaux statuts en 1974 (ceux de 1922 avaient été à peine retouchés en 1941). Il n'est pas étonnant de lire en 1948 sous la plume de Gustave Vaucher, directeur des Archives de l'Etat de Genève et président alors de l'AAS, ceci: "Notre association groupe des gens qui ne sont pas fort turbulents et qui se réunissent in corpore principalement pour cultiver des relations amicales." Leur lien principal était un bulletin dactylographié, Nouvelles de l'Association des archivistes suisses, qui parut entre 1947 et 1974, avant de laisser la place entre 1975 et 1985 au Bulletin de l'Association des archivistes suisses, au contenu archivistique de qualité et disposant d'une chronique bibliographique pratique et riche.
Un certain groupe de jeunes archivistes ...
Après avoir présidé l'AAS entre 1953 et 1974, Bruno Meyer, directeur des Archives du canton de Thurgovie, laissa sa place à une nouvelle génération d'archivistes qui se tournèrent résolument vers des activités relevant fondamentalement de la formation théorique et pratique, et vers d'autres formes de fonctionnement.
Coup sur coup, en 1979 et en 1985, ces archivistes éditèrent une brochure comportant des textes de réference et des indications pratiques, Archives. Luxe ou nécessité. La situation et les tâches des Archives en Suisse; en 1974, 1981 et 1997, ils modifièrent les statuts en élargissant le recrutement des membres et en évoluant vers la constitution d'un bureau directeur fort et des commissions et groupes de travail, spécialisés et plus nombreux. Les faits suivants attestent ces mutations: en 1976, l'AAS comptait 34 membres collectifs et 118 membres individuels; en 1980, elle recensait 47 membres collectifs et 130 membres individuels; en juin 1991, le nombre total des membres dépassait pour la première fois 300 unités; en 1997, ce sont 246 membres individuels et 107 membres collectifs qui font partie de l'AAS.
Des commissions et des groupes de travail ont été fondés successivement dès 1975, avec la commission de formation, puis la commission de coordination, dès 1980, les groupes de travail des archives privées dès 1986, des médias et des archives bancaires dès 1989, des archives hospitalières dès 1990, pour les microformes dès 1993, des archives d'entreprises dès 1994, pour l'archivage des supports informatiques dès 1996. Le dernier groupe de travail, celui des Archives ecclésiastiques, a été constitué en avril 1997. Depuis juin 1986, l'AAS offre en plus de son assemblée générale et de sa journée de travail une journée spéciale qui traite d'aspects particuliers des archives, pour autant que des cours de formation ne soient pas mis sur pied cette année-là. Diverses questions ont reçu des réponses ponctuelles: ainsi des directives ont été fournies pour les archives ban caires par le groupe ad hoc formé au sein de l'AAS, en 1990/1991; les archives médiatiques, les archives des hôpitaux, les fonds manuscrits - un Répertoire de première importance a été publié en 1993 -, les archives littéraires ont fait l'objet de réunions particulières où les archivistes sont représentés et des publications ont été réalisés. Depuis sa séance constitutive du 19 octobre 1988, l'AAS est représentée dans le Conseil de fondation du Dictionnaire historique de la Suisse. Une Association des archivistes communaux ou municipaux a été créée le 3 avril 1986, à Zurich - il avait fallu attendre 1963 pour que l'assemblée générale de l'AAS soit le fait d'Archives communales (Schaffhouse et Stein am Rhein), les Associations vaudoise des archivistes et des archivistes des diocèses ont vu le jour respectivement en 1996 et 1997, toutes trois demeurant affiliées à l'AAS; les directeurs des Archives cantonales et des Archives fédérales se rencontrent de manière informelle deux fois par année depuis le 18 novembre 1994. Toutes ces créations font évoluer l'AAS et l'amènent à prendre en compte les nouvelles réalités de la profession et à dépasser les freins du fédéralisme pour trouver des stratégies communes, adaptées aux réalités particulières et diverses.
Une collaboration intensifiée
Autre signe de l'évolution des esprits, les contacts avec les professions voisines ont été amplifiés dès le début des années 1970, en particulier avec les bibliothécaires (leur association remonte à 1897) et dans une moindre mesure avec les documentalistes (1939); ils se concrétisèrent par la parution en 1976 du Guide ABDS -Archives, Bibliothèques et Centres de Documentation de Suisse - les contacts entre les bibliothécaires et documentalistes furent scellés par la publication durant près de 50 ans d'un bulletin commun, Nouvelles ABS/ASD, et débouchèrent sur la publication en 1942 du premier répertoire officiel Guide suisse de documentation contenant des informations sur les archivistes. D'autres réussites de ces collaborations: partage dès 1986 du même périodique, formé un certain temps d'un bulletin et d'une revue, et paraissant sous le nom d'Arbido; Répertoire des fonds manuscrits, en 1993; rencontres semestrielles entre les présidents; organisation du premier congrès commun des Bibliothécaires, Documentalistes et Archivistes (BDA), à Lausanne, les ler et 2 septembre 1994; composition tripartite du groupe de travail pour les microfilms; recherche de filières de formation communes, à tous les degrés et dans le cadre des Hautes Ecoles Spécialisées (HES).
Dépassant les contacts avec les pays limitrophes, plusieurs directeurs d'Archives suisses participent depuis la fin des années 1980 à divers comités du Conseil international des archives et ont été mandatés pour des expertises à l'étranger. L'AAS est venue tardivement aux relations internationales et sa présence sur le plan international a été jugée longtemps comme étant la seule affaire des Archives fédérales - il est symptomatique que la première assemblée générale qui mit la visite des Archives fédérales à son programme fut celle qui eut lieu à Berne, les 13 et 14 octobre 1972.
Une association de référence
Malgré des signes de grande vitalité, l'AAS cherche encore son identité dans le monde de la formation, dans les politiques pratiquées et dans la place que doit occuper aujourd'hui l'archiviste dans la société. Tous les changements qu'elle a subis depuis son existence traduisent une profession en forte mutation, plus exigeante, où l'uniformité ou la généralité des compétences ont cédé la place à une spécialisation grandissante; ses représentants attendent de leur association, si ce n'est des réponses, du moins le débat autour de thèmes d'intérêt général ou particulier. A l'évidence, l'AAS doit jouer plus que jamais le rôle d'association de ralliement, de référence et de lieu de réflexion pour ses membres; il serait préjudiciable si les groupements régionaux ou de quelques individus prenaient une place prépondérante; cela serait affaiblir encore plus une profession, déjà modestement représentée et qui sera toujours inférieure aux producteurs de documents. L'ouverture vers les autres professions ne constitue en aucune mesure un risque de confusion des missions et des objectifs, mais bien la consolidation de ceux-ci par un épaulement réciproque. Il s'agit de faire reconnaître ces professions et de les faire respecter dans un monde dont souvent les relations s'expriment selon des rapports de force et de moyens.
Le 75e anniversaire marque assurément la maturation de l'AAS, qui, débarrassée de ses oripeaux de société élitaire et éloignée des réalités immédiates, peut affronter résolument et lucidement le prochain siècle avec une volonté évidente d'aboutir. En ce sens, il est surtout une étape décisive vers les défis de demain. L'AAS est désormais une société d'avenir, et non plus du passé. Au-delà de la date commémorative, cette publication traduit les caps à tenir, les engagements à observer et les défis à relever.
last edited: 15.08.2005
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